Après moult tergiversations, le décor semble être définitivement planté pour la tenue d’élections générales en Centrafrique. Le recensement en vue de ces élections débutera le 22 septembre tandis que le dépôt des candidatures, lui est prévu pour le 10 octobre. La Centrafrique ayant été de par un passé pas très lointain l’organisatrice d’élections réussies, elle possède donc la technicité nécessaire pour faire de celles ci un succès.
Mais plus que l’accès moutonnier des électeurs aux urnes, il serait primordial de susciter la question du décompte honnête de l’ensemble du suffrage. Car, des élections véritablement réussies sont celles ou les aspirations exprimées de l’électeur seront conformes à la quantification finale. Point n’est donc besoin d’historiographie pour souligner qu’une seule fois seulement l’uniformité a été faite entre « la vox populi » et les résultats officiels des suffrages, cela en 1993 lors de l’élection de Ange Félix Patassé.
L’Afrique, pour l’observateur scrupuleux est un continent ou les événements historiques sont toujours groupes, imposés de l’extérieur, subis, et difficilement différenciés : Les Indépendances dans les années 60, les programmes d’ajustements structurels dans les années 70 et 80, et la vague éphémère de démocratisation du continent vers la fin des années 80 sont tous survenus de façon simultanée dans l’ensemble de l’Afrique subsaharienne. Cette coïncidence temporo-spatiale pertinente peut être porteuse d’indications sur le dénouement des élections prochaine en Centrafrique.
En effet, il y a de cela un peu plus d’une décade, les élections furent le baromètre avec lequel étaient évaluées les nations Africaines. Elles furent ainsi l’objet d’une intense surveillance de la part des pays occidentaux transformés pour les besoins de la cause en de vicieux cerbères. Aussi, l’aide et la coopération ployèrent sous la restrictive et redoutable condition d’organisation « d’élections libres et transparentes ».
Mais l’intérêt fut de courte durée, la virevolte fut si brusque qu’elle prit même les opposants de court. La tendance a depuis une dizaine d’années honteusement changée de trajectoire et repris son cours naturel, cela sans que cela n’indigne les capitales occidentales pour lesquelles, 10 années plutôt, des élections libres et transparentes étaient la panacée aux maux de l’Afrique.
Conséquemment à ce changement incompréhensible, le vent de la démocratie a cesse de souffle sur le continent. Les deux dernières années en Afrique furent ceux de la régression claire et incontestable de la démocratie. Cette « involution » est soulignée par la résurgence des « scores communistes » et l’inéluctable triomphe du « président sortant candidat » partout constate sur le continent. Le lecteur en jugera de lui même :
- 12 juillet 2009 : présidentielle Congo Brazzaville (1er tour, Sassou Nguessou 78,6%)
- 18 juillet et 1er août 2009 : présidentielle Mauritanie (g.al Ould Abdelaziz, 1er tour, 52%)
- 4 août 2009 : referendum sur constitution au Niger (92,50% pour constitution Tandja)
- 30 août 2009 : présidentielle Gabon (1 tour, Ali Bongo 41%)
- 5 septembre 2009 : législatives Angola (MPLA de José Eduardo dos Santos : 80 %)
- 20 octobre 2009 : législatives Niger (MNSD au pouvoir : 76 sièges sur 113)
- 25 octobre 2009 : présidentielle et législative Tunisie (Ben Ali réélu avec 89,6%)
- 29 novembre 2009 : présidentielle Guinée équatoriale (Obiang réélu avec 95%, depuis 1979)
- 4 mars 2010 : présidentielle Togo (Faure Gnassimbé RPT : 60%)
- 11 avril 2010 : législatives et présidentielle Soudan (Omar El-Béchir 68,24%)
- 23 mai 2010 : législatives Ethiopie (EPRDF vainqueur après répression et fraudes)
- 28 juin 2010 : présidentielle Burundi (Pierre Nkurunziza seul candidat 91,62 %) + 23 juillet législatives (sénat 28 juillet + conseillers des collines le 7.9, mission UE)
- 9 août 2010 : présidentielle Rwanda (Paul Kagamé FPR 93% pour 7 ans)
Les chiffres et résultats ci dessus prouvent à souhait la traitresse inclinaison de la communauté internationale, qui vocifère urbi et orbi son attachement a la démocratie en plein jour devant les peuples accablés et qui ignominieusement pactise avec les gouvernements une fois la nuit tombée. A y regarder de près aucun des présidents-candidats n’a d’ailleurs perdu la course a la magistrature suprême et cela quelque soit le désastre qu’a pu être son bilan.
Les signes avant coureurs de ces « réélections » sont tous d’une effarante Similarité : Durcissement aveugle des gouvernements, répressions particulièrement sanglantes (Ethiopie, Rwanda et au Burundi). Embastillement systématique de toute contradiction quelle que soit son origine, agressions sauvages de journalistes. Marches de soutiens récurrents au président sortant. Les prochains mois en Centrafrique vont, si les Centrafricains ne prennent garde, être la copie conforme de ce que l’on a déjà observé un peu partout sur le continent. Déjà lors des derniers mois la pression a monté d’un cran.
Maitre Nicolas Tiangaye est pratiquement assigné a résidence. La presse est sournoisement muselée ; une journaliste de la télévision nationale a été la victime d’une attaque aussi sauvage qu’éhontée, une agression de la même sorte a eu lieu en France presque sous les yeux du président sans que cela n’ait soulevé son indignation pendant ou âpres cet acte crapuleux. Une famille entière a été mise aux fers pour des motifs encore non élucidés. Le ministre Bernard Ouande lui a été beaucoup plus directe, son adversaire aux législatives dans le 8eme arrondissement de Bangui a vu son suppléant être accusé de vol à main armée et croupi pour l’instant dans les geôles de L’office de la répression du banditisme (OCRB).
C’est dans cette atmosphère, iniquement propice à une réélection, somme toute, controversable du président sortant, que vont se dérouler les élections de 2011. Le président Centrafricain, même si il aime a pointer du doigt la menaçante accointance (réelle ou supposée) de la communauté internationale et ses opposants, sait et espère sur le silence de celle ci pour passer sans encombre des le 1er tour … Comme tous les autres avant lui.







